vendredi 6 juillet 2012

Enfance

          Je me sens si étrange, soudain... Je me suis perdue en chemin... L’enfant en moi a disparu, et je ne sais plus qui je suis. J’erre dans cette amnésie, comme dans un bois, à la recherche de mon âme... Je cours, croyant rattraper le temps qui m’échappe, me prenant les pieds dans des branches, m’égratignant le corps dans des ronces affamées. Je laisse sur mes pas des morceaux de moi, comme des petits bouts de ma vie passée, comme les cailloux du petit Poucet, comme une promesse de retour...

          La nuit tombe alors, et je ne sais plus après quoi je cours, ou si je fuis peut-être quelque chose.
Oui, ma course devient une fuite lorsqu’entre les arbres, j’aperçois des ombres, qui s’approchent, reculent et s’approchent encore dans un étrange ballet, me murmurant des mots dans un langage inconnu. Je les sens me toucher, leur souffle et leur odeur étrange me fige... Je les laisse tournoyer autour de moi, croyant qu’elles me laisseraient tranquilles. mais l’une d’entre elles choisi de me traverser, et se love en moi, au creux de mon ventre. Malgré la douleur qu’elle m’inflige et qui me tenaille, je cours de nouveau, des larmes plein les yeux, croyant pouvoir m’arracher à elle... Peine perdue... Et du sang coule, le long de mes jambes, chaud, comme alourdi d’un poids invisible...

          Le jour renait enfin, et épuisée, je rejoins l’orée de ce bois que j’ai eu tant de mal à traverser. Je reprends doucement ma respiration, et mes blessures semblent se refermer, mes larmes sèchent d’elles-mêmes. L’ombre en moi s’est comme évanouie dans la nature, je ne la sens plus... Mais quelque chose me touche encore... C’est une main qui s’immisce tendrement dans la mienne. Je lève les yeux, et je croise alors les tiens... Perdu, toi aussi, tu attendais là depuis si longtemps. Tu m’attendais... Moi...

          Marchant au hasard, trébuchant encore parfois comme dans le bois, nous découvrons ensemble enfin, un autre chemin, d’une verdure intense, d’une longueur infinie, parsemé de fleurs multicolores. Je me serre contre toi, et nous nous y engageons d’un même pas, guidés par une étrange force vers cet ailleurs, ou tout à l’air plus magnifique à mesure que nous marchons. Je ne crains plus d’avoir perdu mon âme, persuadée qu’elle m’a guidée vers toi, et que finalement je l’ai retrouvée en te trouvant...

          Je regarde en arrière une dernière fois, et je vois le bois s’envelopper d’un brouillard, puis disparaitre, une larme coule sur ma joue. Je n’ai rien laissé là-bas, comme je le croyais, tout était en moi, toujours, caché, enfouis... J’avais seulement besoin que tu sois là pour m’aider à le comprendre... A comprendre que je ne serais plus seule à trébucher sur le chemin de la vie, et que désormais, deux enfants marchent ensemble vers le meilleur...